Les Gitans

Miniature artistique “Les Gitans” représentant une jeune fille devant une caravane dans une ambiance cinématographique et documentaire.

En France, nous vivons actuellement une période où la peur et la haine de l’autre semblent revenir avec une force inquiétante. Les immigrés, les musulmans, les gens du voyage et tous ceux que l’on considère comme différents deviennent régulièrement les responsables idéaux des problèmes d’un pays entier.

Depuis mon arrivée en France, j’ai souvent entendu une phrase étrange :
« Toi, tu es brésilien, ce n’est pas pareil. Tu es de la bonne nationalité. »

Pour certains, je fais partie des “bons étrangers”. Pourtant, il suffit parfois que j’ouvre la bouche et que mon accent apparaisse pour voir certains regards changer presque immédiatement. Malgré tous mes efforts pour parler correctement français, malgré ma volonté de m’intégrer et de respecter ce pays qui est aujourd’hui ma maison, je vois parfois des visages se fermer avant même que la conversation commence réellement.

Et quelque part, je comprends aussi pourquoi certains pensent comme cela. On se réveille, on allume la télévision et les responsables des problèmes semblent toujours être ceux qui viennent d’ailleurs. On ouvre internet et l’on nous explique sans arrêt que le danger vient des étrangers, des musulmans, des gens du voyage ou de ceux qui ne vivent pas comme “nous”.

Attention : je ne suis absolument pas en train de parler contre la France. Bien au contraire. Je suis devenu l’homme que je suis aujourd’hui grâce au peuple français. Ce pays m’a accueilli, m’a donné du travail, des rencontres, des opportunités et une nouvelle vie. Et une chose est certaine : je ne cracherai jamais sur ce beau pays qui m’a permis de construire ma vie et de devenir l’artiste que je suis aujourd’hui. Je dirai toujours : merci la France ! Merci encore ! Et merci encore !

C’est précisément pour cette raison que j’ai parfois du mal avec ceux qui crachent sur le pays qui les accueille ou qui les nourrit. J’ai développé ici l’humour, le théâtre, le spectacle vivant et l’importance de rassembler les gens autour d’un moment commun. Mais aimer un pays ne signifie pas fermer les yeux sur certains comportements, certaines visions ou certaines injustices…

On entend régulièrement les mêmes clichés sur les Gitans : bagarreurs, voleurs, fainéants, violents ou problématiques. Comme toujours, lorsqu’un cliché s’installe, certains pensent automatiquement qu’il doit forcément contenir une vérité absolue.

Mais la réalité est bien plus complexe que cela.

Oui, il existe probablement des Gitans difficiles, comme il existe des Français difficiles, des Brésiliens difficiles ou des êtres humains difficiles tout simplement. Mais réduire un peuple entier à ses pires exemples est une erreur immense.

S’il y a une chose que beaucoup de personnes pourraient apprendre des Gitans, c’est probablement leur sens de la famille.

Chez eux, la solidarité existe réellement. Ils se soutiennent, s’entraident et restent présents les uns pour les autres. Quand quelqu’un traverse une difficulté, la famille apparaît immédiatement. Cette sensation de “quoi qu’il arrive, nous restons ensemble” est devenue rare dans une société où beaucoup de relations disparaissent au premier problème.

Je ne suis pas en train de dire qu’ils sont parfaits. Aucun peuple ne l’est. Je ne suis pas non plus en train de dire qu’une personne doit accepter n’importe quelle situation au nom de la famille. Mais il existe chez eux une vision du lien familial que je trouve profondément forte.

Dans leur mentalité, abandonner les siens n’est pas quelque chose d’anodin. La famille reste un pilier central de leur identité. Et honnêtement, dans un monde où tout devient jetable — les relations, les amitiés, les promesses — je trouve cela admirable.

Je rencontre régulièrement des Gitans pendant mes tournées de cirque ou lors de mes spectacles de rue. Et je peux dire une chose avec sincérité : je ne me suis jamais fait voler par un Gitan. Au contraire, j’ai souvent rencontré des gens généreux, chaleureux et respectueux envers les artistes de rue.

Peut-être parce qu’eux aussi connaissent le regard des autres. Peut-être parce qu’eux aussi savent ce que signifie être jugé avant même d’avoir parlé.

Alors au lieu de chercher constamment le problème, le défaut ou le mauvais côté des gens, nous devrions peut-être essayer de comprendre ce qu’il y a de beau à apprendre chez ceux que l’on critique si facilement.

Les problèmes existeront toujours. Les êtres humains seront parfois merveilleux et parfois difficiles. Mais une chose reste profondément réelle :

la famille, le soutien et le sentiment d’être ensemble quoi qu’il arrive sont des valeurs que j’admire sincèrement chez les Gitans.

(RAÚL VEIGA — RAÚL, Le Clown Brésilien)


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