Au revoir papi … Au revoir, mamie …

18 ans … La dernière fois qui j’ai été au Brésil

L’histoire que je veux partager est très jolie mais je vous assure que vous allez pleurer avec la vidéo de la fin.

Quand j’ai quitté le Brésil, j’avais un million de rêves et la certitude de que j’allais souffrir à cause de la distance avec mes grands parents.

Mamie était cette personne que j’ai eu la chance d’avoir dans ma vie : elle n’était pas ma grand-mère de sang car mon papa a été adopté mais je n’ai jamais ressenti le contraire. L’amour que je ressens pour cette femme est sans doute le plus fort que j’ai pu ressentir pour un être humain.

Quand j’ai quitté le Brésil, au moment d’aller chez elle pour lui dire  » au revoir « , j’ai senti que c’était peut-être notre dernière discussion. Son regard a beaucoup dit ce jour là…

Sur le territoire parisien, j’ai cogité à revenir tous les jours car la distance me faisait vraiment mal.
Le problème est qu’être immigré dans un pays européen, en venant d’un pays en voie de développement et d’une famille sans moyen, n’est pas quelque chose qui facilite ta vie.

Je suis arrivé il y a 15 ans sur Paris avec 500 euros en poche, une convocation pour une audition pour la plus grande université française de cirque et plus d’incertitudes et de peurs que vous ne pouvez imaginer.

Je vous jure avoir donné mon maximum depuis toujours pour réussir professionnellement dans ma vie. J’avais conscience que si j’avais au moins une carrière plus stable, j’arriverais à revenir au Brésil comme un super-héros.

Les gens au Brésil imaginent que si t’es en Europe, forcement t’as gagné beaucoup d’argent…

J’ai vécu pendant des années dans un camion que j’ai aménagé moi même…

Les choses n’ont jamais été faciles. Plus j’essaye de changer le chemin ou la façon de faire, plus la vie me met à l’épreuve.

• Décembre 2022

Mon  » camion-maison  » a été volé dans un parking en Allemagne. Toutes mes affaires personnelles ont disparu en moins de 10 minutes. Toute une histoire s’efface sans espoir.


J’ai passé 2 horribles semaines : le patron du cirque où j’allais travailler me donne ses caleçons (pour vous donner une idée de la galère). L’église locale a fait une collecte. Laura perd même sa robe de mariée. Je cogite fortement à m’ôter la vie… Une dépression me consomme sans pitié. Notre histoire apparaît dans un article de journal. J’essaie de me convaincre que je ne dois pas abandonner. Les personnes qui nous suivent nous font des dons : 10, 20, 100, 200… Chaque personne aide comme elle peut et cela me donne un peu d’espoir.

Entre-temps, on est sur scène tous les soirs. Je rends les gens heureux, je les fais rêver mais en quittant le chapiteau ma vie est détruite. Je ne trouve pas d’issue pour rendre la vie de ma meilleure amie, ma bien aimée plus digne.


2 semaines plus tard la police retrouve mon camion. Je récupère la quasi-totalité de mes affaires. Une nouvelle porte d’espoir s’ouvre et finalement, avec l’argent de mon salaire de ce contrat, je m’achète une caravane : une première  » vraie petite maison « .

Aller au Brésil coûte cher pour quelqu’un qui n’a pas des moyens réguliers sur son compte. Un artiste participe à des projets. Certains à lui, certains pour les autres. Quand on arrive à se faire un peu d’argent, dépenser rien que pour le billet d’avion environ 2000 euros, ça pique.
Même les promotions sont dans des périodes où tu travailles.

Je pense que j’ai toujours repoussé mon retour au Brésil car j’ai voulu rentrer comme il fallait.
A mon départ, ma famille ne comprenait absolument pas mon choix de vie. Le métier artistique c’était quelque chose de banal et sans futur. Comme toujours, je voulais être différent et j’ai subi un grosse pression psychologique pendant des années.

D’un côté, un père pervers narcissique, alcoolique et très violent. De l’autre, une mère qui a appris que la violence était la meilleure façon d’éduquer un enfant.
Aujourd’hui les choses vont beaucoup mieux avec ma mère. On discute et je peux dire que je la pardonne de temps en temps mais il suffit qu’un commentaire maladroit sorte de sa bouche et toute une révolte remonte comme si j’étais en train de sentir à nouveau une de ses frappes.

Je me suis fait virer de la maison presque à l’âge de 17 ans. L’histoire est longue et mérite un autre article mais en gros, j’étais complètement différent de ma famille, de mes amis, de mon quartier, de ma ville, de mon pays. Je veux dire par là que je ne trouvais ma place nulle part. Ma famille ne comprenait rien. Mes sentiments ne comptaient pas. D’ailleurs je suis d’une époque où poser des questions était un manque de respect et la punition était constamment la violence physique ou verbale.
Certains voient cette éducation comme quelque chose de bien. Beaucoup viennent sur les réseaux mentionner comment une frappe ou autre ne les ont pas traumatisé. Ça commence toujours avec une petite frappe. Ça se termine toujours avec un gros coup…

C’est vrai que ma maman a toujours beaucoup travaillé pour me donner le maximum qu’elle pouvait.
Jeune, avec beaucoup de travail, stressée… Le combo parfait quand on n’a pas de soutien.

Qui s’occupait de moi, quand maman partait travailler ? C’était papi.
Homme brut, sans filtre, il est né dans une région brésilienne ou la sécheresse tapait fort. Exprimer ses sentiments, ses émotions c’était interdit.
_ Papi, est-ce que tu m’aimes ?
_ Que aimer quoi ! Ça ne sert à rien d’aimer.

Avec le temps j’ai compris que c’était sa façon à lui de dire « je t’aime ».
Je crois qu’on passe toute une vie en se donnant au maximum pour essayer de rendre fier ceux qui nous ont élevé. On a envie de réussir quelque chose de remarquable pour que nos parents, grand parents, famille, amis nous acceptent. Surtout si on n’est pas parti dans le chemin qu’ils ont emprunté auparavant.

Une fois, mon tonton a fêté l’anniversaire de sa fille et j’étais invité. Dans la journée j’allais travailler comme clown dans un fast-food pour gagner autour de 250 euros par mois.
Samedi soir, j’étais épuisé. Je croyais qu’en travaillant et en donnant mon maximum, quelqu’un me verrait et que j’aurais une opportunité de rêve ailleurs.

Dans le bus, en rentrant du boulot, encore maquillé, je continue à faire quelques clowneries pour les personnes qui rentrent aussi fatiguées de leurs travail. Je suis persuadé que ma mission est de rendre la vie des gens plus heureuse, même si cela me coûte ma vie. C’est bien pour cela que je n’ai pas le droit de me plaindre alors que j’ai un boulot artistique. Sans ça, rien n’est possible.

Je n’avais pas de cachet pour venir animer l’anniversaire de ma cousine. Et c’était bien comme ça : avec toute la famille présente j’avais l’occasion de montrer que j’étais déjà un artiste engagé professionnellement et que j’ai mérité leur approbation.

Parfois, si les gens qui t’aiment ne sont pas capables de comprendre tes choix, le meilleur est d’abandonner la mission d’essayer de les convaincre et de partir vers le monde.
Ce soir là j’ai fait l’unanimité. J’ai fait rigoler ma famille et les amis de ma famille.
Mais je me rappelle qu’ils me suivaient… Sans rien dire, de loin… Ils étaient impressionnés. A chaque magie ou acrobatie, un sourire d’approbation. Je n’oublierai jamais ton regard ce jour là, papi.

LEONTINA

Depuis quelques mois, je pense que la douleur que ma mamie sentait, c’était la même douleur que moi.

Je n’avais pas les moyens de me payer une connexion internet et la communication avec ma famille a été entièrement coupée.

J’ai regardé sans arrêt notre dernière discussion de vive voix pour me motiver et me pousser vers l’avant.

ANA

J’avais une amie photographe et j’ai eu une idée : lui envoyer une photo de moi avec la Tour Eiffel. Ana allait imprimer cette photo puis partir en direction de chez mamie pour lui dire qu’elle m’avait rencontré à Paris, que j’allais bien, que tout allait bien.
C’était une façon de rassurer mamie, qui à chaque micro contact me demandait : quand est ce que tu reviens ?

La vidéo suivante est le dernier registre que j’ai de ma grand mère. Je vous partage ici car c’est ma façon de graver ce moment à l’éternité.

Au revoir mamie.

Une rose placée sur une table en bois dans un salon avec un canapé, une théière et des livres en arrière-plan, le tout en noir et blanc.

En savoir plus sur Vibrez la vie avec Raúl, Le Clown Brésilien

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Vibrez la vie avec Raúl, Le Clown Brésilien

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture